Aujourd'hui, suite et fin de l'aventure qui vous a (et qui m'a) tenus en haleine depuis le début de la semaine, en commençant ici et en continuant ici. Si vous avez bien tout suivi, samedi 02 mai fut pour moi l'occasion de revenir à la foire de Paris pour tenter ma chance en finale du championnat des blogs culinaires amateurs 2009. J'avais prévu d'aller me balader en forêt, mais bon ... ce sera pour une autre fois.


Cette fois-ci, le rendez-vous m'avait été donné l'après-midi. J'arrive donc en début d'après-midi et, après un repas en pleine foire et une discussion hyper intéressante avec Guy sur la cuisine des fleurs, je me mets dans un coin pour potasser une dernière fois. Point de livre sur les cakes ni de magazine, mais plutôt un gros bouquin rébarbatif de CAP de cuisine récapitulant les gestes et techniques de base. Si je puis me permettre un petit aparté, je ne comprendrais jamais les personnes qui tentent tout de suite de réaliser la dernière-recette-du-chef-à-la-mode-qui-tue, vent du cul dans la plaine, alors qu'elles ne savent pas monter une mayonnaise ou faire une pâte brisée. M'enfin ... chacun fait ce qu'il veut. Moi j'ai choisi d'user ce livre jusqu'à la moelle (déjà presque deux ans que je l'ai et je n'en maîtrise même pas le dixième).


Je suis donc dans mon coin, mes yeux virevoltant entre mon livre et deux insupportables gamins en train de jouer avec un non moins insupportable ballon gonflable, quand l'heure fatidique de la finale arrive, en même temps qu'une grosse boule au ventre. J'approche du stand et "découvre" mes compagnons de stress : Anne, soutenue d'une myriade de supporters (myriade est un peu fort, mais ils étaient au moins 8 et criaient comme 100 :) ), et Marie-Claire. "Erf", me dis-je, "le destin des hommes en cuisine repose sur mes épaules ...". Et le stress de remonter d'un cran. Bon, après, je suis vite revenu à la réalité, à savoir le fait de participer à un moment cordial, derrière des plaques de cuisson, et le stress est retombé comme un soufflet. C'est donc super détendu que j'apprends de la main innocente de ma mère, venue pour me soutenir, que j'aurais encore le "plaisir" de passer en premier ... Grrrrr ... Super cadeau, merci maman ... (note pour plus tard : ne plus considérer comme innocente la main de ma mère. :) ).


Le moment solennel de la découverte du panier, qui nous permettra de réaliser un plat et un dessert pour 4 personnes, arrive enfin et se révèle sous mes yeux curieux :

  • 500 gr de champignons de Paris
  • 2 courgettes
  • 4 carottes
  • 4 asperges (Wouhou !! Byzance !! :) )
  • 1 pomélo
  • 1 petite barquette de fraises
  • 4 pommes de terre
  • 100 gr de riz allongé (camargue, certainement)
  • une botte de ciboulette

Diantre !! Point de viande à travailler ? Ah si ... c'était un oubli de Fanja. Bon pas un gros oubli puisqu'il s'agissait d'un coquelet. Que faire avec tout ça ? Je commence à réfléchir, à noter deux-trois idées et puis ... Oh et puis ZUT (j'ai été moins poli dans ma tête) !! Je vais, comme le dit mon chef de bureau, partir vent du cul dans le plaine et improviser.


Première chose à faire : s'occuper du dessert. Pour le dessert, on a du chocolat noir en fond d'épicerie qui va bien m'aider. C'est parti pour une ganache (vous aurez les recettes, bande d'impatients). Mais plutôt que faire une ganache classique, il me faut la relever pour aller avec les fraises et le pomélo. Je vous passe toutes les possibilités que j'ai éliminées au fur et à mesure, je choisis au final de réaliser une réduction de vin aux épices et aux zestes de pomélos pour garder une harmonie au niveau des saveurs. Dans le même temps, je réalise un caramel de pomélo : une poêle, un caramel à sec, on fait revenir des rondelles de pomélo, on déglace avec le jus et on laisse réduire. Un coup d'oeil sur l'horloge : plus qu'une heure pour lancer mon plat ... Ca va viiiiiiiiiite ...


Pour le plat, je choisis directement de faire un risotto. J'ai déjà essayé, chez moi, de faire un risotto avec autre chose qu'un arborio ou carnaroli, et ça fonctionne. Donc le riz long ne devrait pas poser de problème. Et comme en ce moment, mon risotto aux asperges fait le bonheur de mes amis et de ma famille, je choisis la sécurité pour cette partie du plat. Reste à trouver comment préparer le coquelet. Là, je repense à la réalisation de Yann de la veille : un roulé de volaille aux herbes. Je ne veux pas copier en brut, ça ne serait pas classe. Mais j'ai l'habitude de faire à la maison une recette toute simple et goûteuse : des blancs de poulet farcis aux légumes croquants. La cuisson pochée, associée aux légumes à l'intérieur de la volaille roulée, permet de garder la viande très juteuse et très savoureuse. Je réalise donc une julienne de légumes (courgettes et carottes). Je prélève les suprêmes (les blancs) du coquelet et je me rends compte que c'est vraiment petit. Je les coupe en deux dans le sens de l'épaisseur et les aplatis un peu ... Mouais ... ça ira... Après avoir blanchi mes légumes, je farcis mes suprêmes de coquelet et je les poche. Je regarde l'heure et AAAAAAAAAaaaaaaaaaaaargh !!! Plus que 30 minutes !! Vite le risotto.


Pour le risotto, je suis assez psycho-rigide. Je ne supporte pas de faire autre chose tout au long de la préparation. Je vous expliquerai dans la recette pourquoi, et aussi pourquoi je ne veux en général faire un risotto qu'au moment de le servir. Là, il me reste 30 minutes, et malgré un doute à mi-parcours, je termine mon risotto à 5 minutes de présenter mon plat. Je speed pour dresser les assiettes et je sers. J'ai même eu le temps de faire une petite sauce rapide pour agrémenter le coquelet : oignons sués, déglacés au vin blanc, réduits à sec, puis re-déglacés à la crème et une pointe de moutarde pour finir. Juste le temps de servir, de donner le nom de mon plat (un jeu de mot, comme de bien entendu), d'expliquer mon plat et le choix du vin, et me voici reparti pour faire le dessert. Hein ? Comment ? Ah, vous voulez connaître le nom du plat ? Bon, le risotto est un plat italien. Mais là, on avait un riz long à notre disposition, comme un riz thaï. Riz Thaï ? Rital ? Le jeu de mot est trouvé. Le plat s'appelle : "Je suis Riz Thaï et je le reste".


Bon, le dessert maintenant. Je vous passe les détails, puisque tout est presque fait. Je fais juste des petites tuiles aux zestes de pomélo et de citron. Je dresse ma ganache et mes fraises escalopées comme un mille feuille (un deux feuilles en fait) et j'entoure le tout d'un cordon de caramel de pomélo que j'ai décuit avec un peu de crème fraiche. Le dessert est lancé. L'adrénaline tombe.


Après tout est allé très vite. J'ai vu les plats de mes deux acolytes se succéder devant un jury stoïque. Au bout d'un loooooooooong moment de vaisselle fort sympathique (merci aux deux filles pour leur gentillesse tout au long de l'épreuve), on nous place en ligne. Là, Latifa du blog Mechouia m'apprend qu'elle a été fan de mon risotto, suivie de près par l'autre dame du jury dont je n'ai malheureusement pas retenu le nom ni le blog sous le coup de l'émotion (si quelqu'un pouvait me renseigner en commentaire). Pour moi, c'était déjà ma récompense : deux personnes ont apprécié une partie de ma cuisine. Cool, je ne suis pas venu pour rien. Encore tout content de ce compliment, j'entends Fanja annoncer que Marie-Claire est en troisième position. Re-cool !! Je suis deuxième. Génial, moi qui ne pensais même pas passer la qualif'. Puis Fanja annonce Anne comme terminant à la deuxième place. Heu ... Elle est sûre d'elle ? Mais ... Mais ... MAIS !!! Mais ça veut dire que je suis premier ?!!? YAHHHAAAA !!! Trop cool !!


Bon après, j'ai pas très bien suivi ce qu'il s'est passé, hormis que je n'arrivais pas à effacer un grand sourire niais de mon visage. La fin de l'après-midi m'a permis de discuter avec Anne, les orga de la FFCA, et Stéphane Hémard, membre du jury et oenologue. Discussions passionnantes entre passionnés qui ont merveilleusement clôt cette journée. Puis ce fut l'heure de rentrer chez moi, toujours le même sourire niais sur le visage, avec en poche ma qualification pour les 1/4 de finale du championnat de France de cuisine amateurs. Comme quoi, la gent masculine pouvait compter sur moi : Ce n'est pas demain la veille que nous nous ferons bouter hors de nos cuisines !!! :D

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